Burning vertigo, tel est le point de départ de cette exposition qui rassemble onze artistes de l’atelier Oblik, à Clichy-la-Garenne. Dans un monde où l’horizon vacille sous des ombres incertaines et tourmentées, ces artistes assument une sensation de bascule : celle d’un vertige ardent, d’un élan primal prêt à embraser l’espace, tout en forgeant dans l’acte créatif un refuge de résistance et de clarté visionnaire.

Réunis dans un même lieu mais porteurs d’histoires, d’origines et de pratiques singulières, les artistes de Burning vertigo composent un paysage polyphonique de l’art contemporain. Sculpture, céramique, dessin, peinture et vidéo se répondent sans jamais se confondre, comme autant de langages parallèles pour saisir un présent instable. Loin de toute esthétique homogène, l’exposition assume la divergence des univers : ici, une matière qui se déforme et se fissure, là, une image qui vacille, ailleurs encore, une figure qui se consume ou se défait.

Implanté au rez-de-chaussée, l’espace d’exposition devient un seuil vibrant : lieu de rassemblement et d’intensité palpable. Les œuvres y tracent une cartographie sensible des tensions contemporaines – fragilité des corps, violence contenue des structures, épuisement des ressources, saturation des images – sans jamais sombrer dans le didactisme ou l’illustration littérale. À l’étage, la visite des ateliers individuels prolonge cette expérience en dévoilant l’intime du processus : la part de doute, de recherche, de lente élaboration qui sous-tend chaque pièce. On passe ainsi de l’élan des œuvres à la patience de leur genèse, dans un mouvement fluide entre la salle et les espaces de travail.

Le titre Burning vertigo évoque à la fois la brûlure et la perte de repères. Ce n’est pas seulement l’idée d’un incendie extérieur, spectaculaire, mais celle d’une combustion intérieure : celle des certitudes, des modèles, des frontières entre disciplines, entre intime et politique. Les artistes d’Oblik travaillent au contact de cette incandescence : certains la traduisent par la déformation des volumes, la torsion des surfaces ou l’érosion des matières ; d’autres par des images instables, des figures fragmentées, des récits visuels qui se fissurent et laissent affleurer l’inquiétude. Ensemble, ils donnent forme à une sensation diffuse qui habite notre époque : celle d’être à la lisière, sur un seuil où tout peut basculer.

Situé à Clichy-la-Garenne, dans un contexte urbain en mutation rapide, l’atelier Oblik s’affirme comme un lieu de production et de réflexion ancré dans le réel. Les artistes qui y travaillent partagent un même rapport concret aux matériaux et à l’espace, mais aussi une attention aiguisée aux tensions du monde contemporain : crise écologique, montée des violences politiques, fractures sociales, prolifération des écrans et des récits catastrophistes. Burning vertigo ne cherche pas à répondre ou à rassurer ; l’exposition propose plutôt une traversée – parfois inconfortable, souvent sensible – d’un état collectif de précarité et d’incertitude.

Ce qui relie ces onze artistes, au-delà de leurs différences formelles et culturelles, est sans doute une même exigence : refuser l’indifférence. Là où le flux médiatique transforme chaque catastrophe en spectacle fugace, leurs œuvres ralentissent le regard, densifient l’expérience, ouvrent des zones de trouble. Le vertige devient une méthode : accepter de perdre l’équilibre pour mieux percevoir la complexité du réel, se tenir dans cet intervalle instable où se joue, peut-être, la possibilité d’un autre imaginaire.

Burning vertigo est ainsi moins une réponse qu’une mise en tension. En invitant le public – amateurs, professionnels, galeristes, critiques, journalistes, institutions – à circuler entre la salle d’exposition et les ateliers, le projet revendique la continuité entre le geste artistique et le monde qui l’entoure. Dans la proximité des œuvres, dans le face-à-face avec celles et ceux qui les produisent, se dessine une autre manière de penser notre époque : non plus seulement comme une succession de crises à subir, mais comme un terrain fragile où l’art peut encore, malgré tout, éclairer l’obscurité, affûter la conscience et faire du vertige une expérience de lucidité.

Informations pratiques :
Vernissage : Samedi 14 mars 2026 à partir de 18h00 Exposition : du 15 au 22 mars sur RDV

Atelier OBLIK:
Association culturelle
19 rue du docteur Émile Roux 92110 Clichy la Garenne
T : 33 (0) 1 47 37 74 38 oblik.atelier@free.fr atelieroblik.com instagram.com/atelieroblik

Comment venir à Oblik:
M° Mairie de Clichy, M° et RER C Porte de Clichy
Bus 74, 54 ou 66
Voiture : périphérique extérieur sortie Porte de Clichy

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